Note 71:[ (retour) ] Ybilis ou Yblis chez les Bambara, même fétichistes, symbolise l'esprit de discorde. Quand deux noirs se disputent, on dit «Bilissa est entre eux» mais c'est là une singerie de l'Islam, car l'Islam est surtout affaire de mode chez le noir. C'est une croyance bien portée et qui élève d'un degré social quiconque en fait profession.
Guinné.—Les guinné jouent le rôle le plus constamment important dans les contes merveilleux ou moraux. D'où ce nom leur vient-il? Déjà les Latins employaient le mot genius (venu du grec gênios) et les Arabes le mot djinn qui en est sans doute le prototype. Ces génies ont ici un caractère si différent de celui des djinns de la légende arabe et des génies tels que nous les concevons que j'ai cru devoir leur conserver le nom générique indigène. J'ai adopté pour cette étude le nom ouolof avec lequel mes premières études de folklore m'avaient tellement familiarisé qu'il me paraît le seul nom qui convienne. Aucune autre raison ne me porte à favoriser le nom bambara, gourmantié, peuhl ou haoussa de préférence à celui-ci.
Le nom de guinné, à mon avis, a dû être donné à une conception mythique et panthéiste, antérieure à l'apparition de l'Islam. Cette conception serait d'origine africaine. En revanche, l'idée du démon me paraît une importation sémite.
RÉPUGNANCE A LES NOMMER.
De même que les Grecs usaient d'une antiphrase pour nommer les malfaisantes Erynnies, de même qu'en Écosse on use de la même précaution narrative, qu'en Allemagne les fées sont «les bonnes dames» (Die weise Frauen), de même les noirs convaincus ne s'aventurent-ils pas à appeler les guinné par leur nom générique. Ils les nomment: la chose, l'être, la créature de brousse (kongomorho bambara, moutâné ndâzi) l'homme de l'eau (moutâné rouha), le maître de l'eau (diandiam en peuhl)[72]. Le noir qui navigue sur le Niger entre Mopti et Ségou désignera de même la faro[73] par cette périphrase: la femme peuhle (foula mousso) de peur que, mécontente de ce nom de faro, elle ne submerge sa barque.
Note 72:[ (retour) ] Serait-ce l'origine de NDiâdiane (Légende de NDiâdane Ndiaye) au lieu de celle, sereré, proposée? C'est probable.
Note 73:[ (retour) ] Génie de l'eau.
Noms divers.—Cependant les guinné ont leur nom: en bambara: guina, en gourmantié: dyini et odyingou; en peuhl: guinnârou (pl. guinâdyi), dzinna en songhay; bêlou[74] en gourmantié de Pâma; siga en môssi; bâri en soussou; yébem en kâdo (pl. dougouné). Ces noms sont ceux des guinné de grande taille. Les nains eux, portent des noms spéciaux qui leur sont un brevet plus catégorique encore d'autochtonie: ouokolo ou nyama (bambara) tikirga ou tyityirga (môssi) pori (au pluriel pora) gourmantié; gotteré (peuhl), konkoma (malinké), artakourma (dyerma) dêguédégué (ou dêdégué) (même pluriel kâdo).
Note 74:[ (retour) ] Ce mot signifie surtout: ombre. Il en est peut-être ainsi du tyityirga môssi.
Au cours des récits où figureront ces personnages surnaturels, je leur conserverai le nom que leur donne l'indigène du pays où l'action se passe. En effet ces guinné ne sont pas tous absolument taillés sur le même patron. Ils se différencient assez nettement les uns des autres pour nécessiter un nom distinct et plus évocateur que celui, trop uniforme, de guinné. Je n'emploie ce dernier vocable d'une façon générale que pour les explications contenues dans cet essai. Les récits exigeront plus de couleur, donc plus de précision.