CARACTÈRE DES GUINNÉ.—LEURS DIFFÉRENTES VARIÉTÉS.
Je vois dans ces guinné des sortes de divinités inférieures, reste d'une religion primitive qui adorait craintivement les éléments symbolisés. Comme nature, les guinné sont intermédiaires entre l'homme et le dieu supérieur dénommé ou pressenti. Lorsque cette divinité eut centralisé les attributions dans ses mains et monopolisé à son profit le culte, les anciennes divinités de second ordre passèrent au rang de grandeurs déchues, presque de démons. Les dieux de l'antiquité ne furent-ils par rabaissés au rang de démons au moyen âge lorsque le Christ régna en dieu incontesté sur le monde?[75].
Note 75:[ (retour) ] Voir à ce sujet la Chanson de Roland où Mahom et Apollin sont considérés comme des idoles de païens et des démons.
Nous allons les étudier par rapport aux éléments. Guinné de la terre et des profondeurs souterraines, guinné de l'air, guinné du feu, guinné de l'eau.
I° Guinné de la terre et des profondeurs souterraines.—Ce sont les guinné ouolof, les guina bambara, etc. Ils se divisent en géants et en nains. Je ne connais pas de contes se rapportant aux guinné souterrains comme on en trouve dans la littérature allemande. Cela tient sans doute à ce que les accidents de terrain sont rares en Afrique et que les quelques races qui habitent les régions accidentées sont peu communicatives et de tempérament défiant. J'en ai fait l'expérience avec les Foutanké et les Habé et je n'ai malheureusement séjourné que très peu de temps dans le Fouta Djallon ou dans le cercle de Bandiagara, ce qui m'a empêché d'apprivoiser des gens, très réfractaires tout d'abord à la confiance, surtout en ce qui concerne les êtres mystérieux.
Je sais cependant qu'au Bouré on croit à l'existence d'un guinné qu'on appelle Sanou (c'est-à-dire l'Or ou le semeur d'or). Les filons sont les traces de son passage sous la terre.
De temps à autre il se venge des mineurs qui violent sa retraite en provoquant un éboulement meurtrier puis, apaisé pour quelque temps, il les laisse en paix pendant une période plus ou moins prolongée. Je ne serais pas surpris qu'il y ait eu dans ces régions aurifères des sacrifices humains destinés à calmer la colère du Sanou et à obtenir de lui la permission d'exploiter les mines. La légende du Ouagadou rapportée par Lanrezac (op. cit.) me confirme dans cette opinion. Sitôt en effet que, manquant au pacte consenti, les habitants de ce pays laissent Mamadou Saké tuer le serpent fétiche à qui l'on consentait des sacrifices périodiques, on cesse de trouver de l'or dans la région.
Les gotteré peuhl semblent aussi de véritables gardiens des trésors cachés (tels les korrigans bretons). Vaincus à la lutte, c'est avec de l'or qu'ils rachètent leur vie.
2° Guinné de l'air.—Les ouokolo se déplacent souvent au milieu des tourbillons qui, aux approches de l'hivernage, courent en entonnoirs de poussière à la surface du sol desséché. Il suffit, paraît-il, de donner un coup de dent dans ce tourbillon pour couper en deux le guinné. On voit alors tomber des gouttes de sang sur le sol.
La tornade est considérée comme le signe du passage d'un guinné.