Quant au titre principal: Aux lueurs des feux de veillée, il s'explique par les conditions dans lesquelles se racontent généralement ces récits. C'est le soir, aux lueurs vacillantes du feu près duquel les noirs attardent leurs veillées, sinon dans le flou laiteux d'une nuit lunaire, qu'on les entend narrer le plus volontiers. La pénombre ajoute son charme de mystère au merveilleux pittoresque des contes. Si l'impression devient trop angoissante, un conte égrillard, une fable satirique dissipent la terreur qui commence à peser sur l'auditoire.

Il semble même que ce décor de demi-obscurité soit devenu indispensable pour le conteur. A l'exception, en effet, des noirs qui ont longuement vécu en contact avec nous et qui ont acquis à ce contact un certain scepticisme, il n'est guère de narrateur qui raconte volontiers ses légendes à la lumière du soleil. J'en ai acquis la certitude par ma propre expérience.

L'indigène éprouve une sorte de défiance instinctive qui le fait répugner tout d'abord à livrer ses traditions à la curiosité des Blancs. Il ne peut saisir pour quelle raison l'Européen, qui affiche souvent l'incrédulité, peut s'intéresser à des récits de vieillards ou d'enfants. Aussi cherche-t-il une arrière-pensée à cette curiosité. Il faut le convaincre peu à peu, feindre soi-même de croire aux êtres mystérieux de la nuit et surtout lui prouver, par des citations d'histoires de même nature, que déjà l'on a mis d'autres conteurs en confiance. Alors il ne se défend plus et loin d'être hésitants à votre appelles contes affluent bientôt... d'autant mieux que la perspective d'un «bounia» (cadeau) détermine les bons vouloirs, d'abord indécis.

Il résulte de ce qui vient d'être dit que la récolte des contes, assez maigre au début des recherches, se fait de plus en plus fructueuse au bout d'un certain temps: 41 des contes de ce recueil ont été enregistrés de 1904 à 1907; 47, de 1909 à 1910, en moins de 6 mois et 187 de juillet 1911 à octobre 1912. On voit la progression!

SOURCES DES CONTES

La majeure partie est d'origine bambara (70).

Puis viennent, par ordre de fréquence.

Peuhl (ou Torodo)..................... 54

Gourmantié............................ 42

Ouolof................................ 26