Note 104:[ (retour) ] Cf. les chênes de Dodone.

CHAPITRE IV

PERSONNAGES DES FABLES.

SOMMAIRE: Les fables et leurs acteurs.—Personnages non-merveilleux des fables et des contes.—Les professions mises en scène.—But des fables indigènes.—Sont-ce des satires sociales?—Les deux grands premiers rôles.—Le lièvre roublard et sceptique, mais serviable.—L'hyène stupide et crédule, féroce, vorace et infatuée.—Divers sobriquets de l'hyène.—Son rôle dans les contes.—Rôle de l'homme dans les fables.—Portrait peu flatté.—Animaux divers jouant un rôle fréquent dans les fables.—Le roi des animaux dans la littérature indigène: lion, éléphant et hyène; le riz.

On ne saurait dire de ces fables, comme de celles de La Fontaine par exemple, qu'elles ont le caractère d'un enseignement voulu de morale pratique. Moraliser n'est pas leur principal but et s'il leur arrive de formuler un précepte de cette sorte c'est par hasard pur et sans que le conteur ait cherché à le faire.

Les fables ne sont pas non plus—comme on aurait tendance à le croire au premier abord—des sortes de fabliaux satiriques dans le genre des récits analogues du Moyen-Age. Elles ne visent pas, à travers l'hyène, la brutalité et l'avidité des puissants et n'exaltent pas, dans le lièvre, la roublardise de la faiblesse opprimée. Du moins il ne me le semble pas.

On pourrait objecter pourtant que la société animale comporte, dans les fables, une hiérarchie rappelant d'assez près celle de la société indigène. A la tête des animaux se trouve un roi qui est soit l'éléphant, soit le lion, soit même l'hyène[105] et, qui pis est, l'araignée (chez les Agni). Le noir qui a conçu les guinné comme semblables aux hommes, au point de vue du caractère, imagine de même les animaux organisés en société semblable à la sienne mais il n'a pas pour but, en adoptant cette conception, de railler, sous un voile d'allégorie, la constitution du groupement social dont il fait partie. Il lui semble qu'il n'existe qu'une forme de société possible: la sienne, et il ne songe pas à se fatiguer l'imagination à rêver d'une autre organisation sociale.

Note 105:[ (retour) ] Conte de La lionne et l'hyène.

Les fables indigènes sont donc des récits exclusivement destinés à l'amusement des auditeurs et n'ont nullement pour but d'enseigner la morale, fût-elle uniquement pratique, ni de dénoncer les abus sociaux.

Parmi ces récits, les plus nombreux—et de beaucoup—sont ceux qui rapportent les bons tours joués par maître lièvre à l'hyène, son ennemie intime. Généralement ces bonnes farces se terminent tragiquement pour la bête couarde féroce et stupide qui en est l'objet, mais la bassesse de son caractère nous l'a rendue, par avance, si antipathique et ridicule qu'on applaudit de tout coeur à la victoire du kékouma (le rusé compère).