Préface de la nouvelle Edition.
En réimprimant ce livre, fameux en Allemagne au siècle dernier, notre unique but a été de rendre aux vrais amis des études latines un ouvrage destiné à développer la connaissance du latin. Nous avons voulu offrir aux professeurs et aux élèves, surtout à ces derniers, un manuel vraiment pratique, pour approfondir les beautés intimes de la langue qui “seule entre toutes les langues mortes, est véritablement ressuscitée, et qui UNE FOIS RESSUSCITÉE, NE MEURT PLUS!”[1]
Avant d’indiquer le plan du livre et la manière de s’en servir utilement, qu’il nous soit permis de rappeler en quelques mots les principaux actes de la vie de l’auteur.
François Wagner naquit à Wangen, en Souabe, le 14 août 1675. Il fut admis dans la Compagnie de Jésus au noviciat de Krems à l’âge de 15 ans. Après avoir terminé ses deux années d’épreuve, il enseigna pendant plus de 25 ans la rhétorique, dans les colléges de Krems, de Presbourg et de Tyrnau. Étant recteur du Séminaire de Vienne, il dirigea une congrégation et s’occupa de la composition de plusieurs ouvrages estimés. Il mourut à Vienne, le 8 février 1738, à l’âge de 62 ans.
Tels sont les détails que nous fournit sur cet homme illustre la Bibliothèque des écrivains de la Compagnie de Jésus. Le P. Jean Nép. Stœger, dans ses Scriptores Provinciæ Austriacæ Societatis Jesu, nous a transmis la liste complète des nombreux ouvrages écrits par le Père Wagner, qui tour à tour, s’occupant de rhétorique, de grammaire, de géographie, d’histoire, nous a laissé dans ces diverses branches des connaissances humaines, des traces remarquables de son esprit actif et pénétrant.
Notre but, dans cet avertissement, est de parler seulement de son Dictionnaire de Phraséologie. Mais laissons l’auteur lui-même nous raconter comment naquit ce livre, nous indiquer ce qu’il a voulu en le composant, et de quelle manière il est parvenu à mener à terme l’ouvrage que nous possédons.[2]
“Étant professeur des jeunes religieux qui recommençaient leurs humanités, le but de tous mes soins était d’accomplir le sage précepte du P. Jouvency, sans contredit le premier parmi nous dans la connaissance parfaite de la langue latine,” Patris Juvencii, harum litterarum hodie inter nos facile Principis. “Le premier travail du maître, dit celui-ci, sera de montrer à ses élèves le style le plus pur et de les aider à l’acquérir. Je recherchais donc ce que je pouvais offrir de mieux à ces jeunes gens, pour les conduire aussi promptement que sûrement à l’acquisition des trois grandes qualités de la langue latine, la propriété, l’élégance, l’abondance. Pour la propriété, outre les Thesaurus, je faisais étudier tous les jours à mes élèves pendant un quart d’heure le Flos Latinitatis du P. Pomey, et au bout de deux mois, je remarquais des fruits merveilleux, jam intra bimestre Latinum quid velut in herba efflorescere, non sine jucundo animi sensu animadverti. Pour l’élégance, Tursellini, Schorus, Dolet, Hadrianus étaient les maîtres que je leur faisais étudier et copier. Enfin, pour l’abondance, Manusius, Bucher et Schönsleder. Mais, bientôt, je m’aperçus que cette foule de livres inondaient leurs pupitres, qu’ils perdaient un temps précieux à rechercher, ici les adverbes, là les épithètes ou les synonymes, ailleurs les développements, et c’est alors que je résolus de réunir avec ordre et méthode, dans un seul ouvrage, le fruit des veilles de tous ces hommes illustres.”