..... 1847.
On a fait de l'économie politique une science pleine de subtilités et de mystères. Rien ne s'y passe naturellement. On la dédaigne, on la persifle aussitôt qu'elle s'avise de donner à un phénomène simple une explication simple.
—Le Portugal est pauvre, dit-on; d'où cela vient-il?
—De ce que les Portugais sont inertes, paresseux, imprévoyants, mal administrés, répond-elle.
—Non, réplique-t-on, c'est l'échange qui fait tout le mal;—c'est le traité de Méthuen, l'invasion des draps anglais à bon marché, l'épuisement du numéraire, etc.
Puis on ajoute: Les Anglais travaillent beaucoup, et cependant il y a beaucoup de pauvres parmi eux; comment cela se peut-il?
—Parce que, répond-elle naïvement, ce qu'ils gagnent par le travail on le leur prend par l'impôt. On le distribue à des colonels, à des commodores, à des gouverneurs, à des diplomates. On va faire au loin des acquisitions de territoire, qui coûtent beaucoup à obtenir et plus à conserver. Or ce qui est gagné une fois ne peut être dépensé deux; et ce que l'Anglais met à satisfaire sa gloriole, il ne le peut consacrer à satisfaire ses besoins réels.
—Quelle explication misérable et terre à terre! s'écrie-t-on. Ce sont les colonies qui enrichissent l'Angleterre.
—Vous disiez tout à l'heure qu'elle était pauvre, quoiqu'elle travaillât beaucoup.
—Les travailleurs anglais sont pauvres, mais l'Angleterre est riche.