Et, en ce qui me concerne, pour vous montrer que ce n'est pas par caprice et par étourderie que je me suis engagé dans la lutte, je vous vais conter mon histoire.
Après avoir fait d'immenses lectures, profondément médité, recueilli de nombreuses observations, suivi de semaine en semaine les fluctuations du marché de mon village, entretenu avec de nombreux négociants une active correspondance, j'étais enfin parvenu à la connaissance de ce phénomène:
Quand la chose manque, le prix s'élève.
D'où j'avais cru pouvoir, sans trop de hardiesse, tirer cette conséquence:
Le prix s'élève quand et parce que la chose manque.
Fort de cette découverte, qui me vaudra au moins autant de célébrité que M. Proudhon en attend de sa fameuse formule: La propriété, c'est le vol, j'enfourchai, nouveau Don Quichotte, mon humble monture, et entrai en campagne.
Je me présentai d'abord chez un riche propriétaire et lui dis:
—Monsieur, faites-moi la grâce de me dire pourquoi vous tenez tant à la mesure que prit en 1822 la Chambre du double vote relativement aux céréales?
—Eh, morbleu! la chose est claire, parce qu'elle me fait mieux vendre mon blé.
—Vous pensez donc que, depuis 1822 jusqu'en 1847, le prix du blé a été, en moyenne, plus élevé en France, grâce à cette loi, qu'il ne l'eût été sans elle?