—Certes oui, je le pense, sans quoi je ne la soutiendrais pas.

Et si le prix du blé a été plus élevé, il faut qu'il n'y ait pas en autant de blé en France, sous cette loi que sans cette loi; car si elle n'eût pas affecté la quantité, elle n'aurait pas affecté le prix.

—Cela va sans dire.

Je tirai alors de ma poche un mémorandum où j'écrivis ces paroles:

«De l'aveu du propriétaire, depuis vingt-neuf ans que la loi existe, il y a eu, en définitive, MOINS DE BLÉ en France qu'il n'y en aurait eu sans la loi.»

De là je me rendis chez un éleveur de bœufs.

—Monsieur, seriez-vous assez bon pour me dire par quel motif vous tenez à la restriction qui a été mise à l'entrée des bœufs étrangers par la Chambre du double vote?

—C'est que, par ce moyen, je vends mes bœufs à un prix plus élevé.

—Mais si le prix des bœufs est plus élevé à cause de cette restriction, c'est un signe certain qu'il y a eu moins de bœufs vendus, tués et mangés dans le pays, depuis vingt-sept ans, qu'il n'y en aurait eu sans la restriction?

—Belle question! nous n'avons voté la restriction que pour cela.