Ils demandaient que le marché français fût réservé au travail français; c'est le but du régime prohibitif.
Ils réclamaient que le travail étranger fût soumis à des restrictions et à des taxes.—C'est le moyen du régime prohibitif.
Quelle différence est-il donc possible de découvrir entre les pétitionnaires bordelais et le coryphée de la restriction?—Une seule: l'extension plus ou moins grande à donner au mot travail.
M. de Saint-Cricq l'étend à tout.—Aussi, veut-il tout protéger.
«Le travail constitue toute la richesse d'un peuple, dit-il: protéger l'industrie agricole, toute l'industrie agricole; l'industrie manufacturière, toute l'industrie manufacturière, c'est le cri qui retentira toujours dans cette chambre.»
Les pétitionnaires ne voient de travail que celui des fabricants: aussi n'admettent-ils que celui-là aux faveurs de la protection.
«Les matières premières sont vierges de tout travail humain. En principe on ne devrait pas les imposer. Les objets fabriqués ne peuvent plus servir au travail national; nous les considérons comme les plus imposables.»
Il ne s'agit point ici d'examiner si la protection au travail national est raisonnable. M. de Saint-Cricq et les Bordelais s'accordent sur ce point, et nous, comme on l'a vu dans les chapitres précédents, nous différons à cet égard des uns et des autres.
La question est de savoir qui, de M. de Saint-Cricq ou des Bordelais, donne au mot travail sa juste acception.
Or, sur ce terrain, il faut le dire, M. de Saint-Cricq a mille fois raison, car voici le dialogue qui pourrait s'établir entre eux.