—C'est que, quand un homme, au lieu d'agir pour lui-même, décide pour autrui, l'intérêt personnel, cette sentinelle si vigilante et si sensible, n'est plus là pour crier: Aïe! La responsabilité est déplacée. C'est Pierre qui se trompe, et c'est Jean qui souffre; le faux système du législateur devient forcément la règle d'action de populations entières. Et voyez la différence. Quand vous avez de l'argent et grand'faim, quelle que soit votre théorie du numéraire, que faites-vous?

—J'entre chez un boulanger et j'achète du pain.

—Vous n'hésitez pas à vous défaire de votre argent?

—Je ne l'ai que pour cela.

—Et si, à son tour, ce boulanger a soif, que fait-il?

—Il va chez le marchand de vin et boit un canon avec l'argent que je lui ai donné.

—Quoi! il ne craint pas de se ruiner?

—La véritable ruine serait de ne manger ni boire.

—Et tous les hommes qui sont sur la terre, s'ils sont libres, agissent de même?

—Sans aucun doute. Voulez-vous qu'ils meurent de faim pour entasser des sous?