—Loin de là, je trouve qu'ils agissent sagement, et je voudrais que la théorie ne fût autre chose que la fidèle image de cette universelle pratique. Mais supposons maintenant que vous êtes le législateur, le roi absolu d'un vaste empire où il n'y a pas de mines d'or.
—La fiction me plaît assez.
—Supposons encore que vous êtes parfaitement convaincu de ceci: La richesse consiste uniquement et exclusivement dans le numéraire; qu'en concluriez-vous?
—J'en conclurais qu'il n'y a pas d'autre moyen pour moi d'enrichir mon peuple, ou pour lui de s'enrichir lui-même, que de soutirer le numéraire des autres peuples.
—C'est-à-dire de les appauvrir. La première conséquence à laquelle vous arriveriez serait donc celle-ci: Une nation ne peut gagner que ce qu'une autre perd.
—Cet axiome a pour lui l'autorité de Bacon et de Montaigne.
—Il n'en est pas moins triste, car enfin il revient à dire: Le progrès est impossible. Deux peuples, pas plus que deux hommes, ne peuvent prospérer côte à côte.
—Il semble bien que cela résulte du principe.
—Et comme tous les hommes aspirent à s'enrichir, il faut dire que tous aspirent, en vertu d'une loi providentielle, à ruiner leurs semblables.
—Ce n'est pas du christianisme, mais c'est de l'économie politique.