À l'origine des sociétés, la morale est renfermée dans une religion. La raison en est simple. La morale proprement dite serait obligée de raisonner; on a droit de mettre ses maximes en quarantaine. En attendant le monde.....[103]. La religion va au plus pressé. Elle parle avec autorité. Elle ne conseille pas, elle impose. «Tu ne tueras pas. Tu ne prendras pas.»—Pourquoi?—«J'ai le droit de le dire, répond la religion, et j'ai celui de ne pas le dire, parce que je parle au nom de Dieu, qui ne trompe ni ne se trompe.»
La religion a donc pour base la morale. De plus elle a des dogmes, des faits, une histoire, des cérémonies, enfin des ministres.
Au sein d'un peuple, les ministres de la religion sont des hommes très-influents. Indépendamment du respect qu'ils s'attirent comme interprètes de la volonté de Dieu, ils sont encore les distributeurs d'une des choses dont les hommes ont le plus besoin, la morale.....
81.
N'en est-il pas en religion comme en économie politique? et n'a-t-on point le tort de chercher la solution dans une unité factice, imposée, intolérante, persécutrice, socialiste, incapable d'ailleurs de fournir ses titres à la domination et ses preuves de vérité?
L'unité, en toutes choses, est la consommation suprême, le point vers lequel gravite et gravitera éternellement, sans jamais l'atteindre, l'esprit humain. Si elle devait se réaliser dans l'humanité, ce ne serait qu'à la fin de toutes les libres évolutions sociales.
C'est la variété, la diversité qui sont au commencement, à l'origine, au point de départ de l'humanité, car la diversité des opinions doit être d'autant plus grande que le trésor des vérités acquises est plus petit et que l'esprit des hommes s'est mis d'accord, par la science, sur un moins grand nombre de points.....
82.—LES TROIS CONSEILS[104].
«Quand la patrie est en danger, chacun lui doit le tribut de ce qu'il peut avoir acquis de lumière et d'expérience.»
C'est ainsi que débute tout donneur d'avis. L'impôt du conseil! En est-il de plus abondant et de plus volontaire?