L'Industriel.—Vous leur accorderez à tous les mêmes faveurs.
Le Maire.—Fort bien. En sorte que, comme vous aurez bien peu de fer à fournir, nous aurons aussi peu de pain, peu de vêtements, peu de toutes choses. Ce sera le régime de la moindre quantité.
L'Industriel.—Qu'importe, si nous réalisons tous des bénéfices, en nous pillant les uns les autres légalement et avec ordre?
Le Maire.—Monsieur, votre plan est fort beau; mais les Bordelais ne s'y soumettront pas.
L'Industriel.—Pourquoi pas? Les Français s'y soumettent bien. Je ne demande à l'octroi que ce que d'autres demandent à la Douane.
Le Maire.—Eh bien! puisqu'elle est si bénévole, adressez-vous à elle et ne me rompez plus la tête. L'octroi est chargé de prélever un impôt, et non de procurer des bénéfices aux industriels.
L'Industriel.—Monsieur le Maire, encore un mot. Supposez que ma requête ait prévalu il y a vingt ans; vous auriez aujourd'hui un haut fourneau au milieu de la ville, qui ferait vivre au moins trente ouvriers.
Le Maire.—Oui, et Bordeaux serait réduit peut-être à deux mille âmes de population.
L'Industriel.—Vous comprenez que si, dans mon hypothèse, on voulait renverser l'octroi, mes trente ouvriers seraient sans ouvrage.
Le Maire.—Et Bordeaux tendrait à redevenir ce qu'il est, une splendide cité de cent mille habitants.