«À lire la plupart des appréciations de la mesure de sir Robert Peel, et quand on ignore les conditions d'existence mercantile de la Grande-Bretagne, on est tenté de croire que, sous peu, il n'y aura plus chez nos voisins, ni taxes à l'entrée, ni douanes. C'est, il faut le dire, une illusion bien naïve; car, malgré les réformes, le gouvernement anglais s'arrange de manière à retirer encore des douanes un revenu de 450 à 500 millions de francs. Malgré les réformes, il n'y aura pas un douanier de moins sur cette vaste étendue de côtes; malgré les réformes, le métier de smuggler sera encore très-lucratif; malgré les réformes, enfin, le tabac, le thé, les eaux-de-vie, les vins continueront à être frappés de taxes tellement exorbitantes, qu'on chercherait en vain dans les tarifs des autres peuples des droits aussi élevés sur les mêmes articles. Si vous appelez cela de la liberté commerciale, il faut avouer que vous êtes faciles à contenter et que vous êtes d'excellente composition pour l'application des principes.»
Oui, nous sommes d'excellente composition avec le fisc, dont, en tant qu'association, nous ne nous occupons pas. Mais nous sommes moins faciles à l'égard de la protection, avec laquelle, je l'espère, nous ne transigerons jamais.
Au moment où beaucoup de bons esprits sentent la nécessité de s'unir pour la propagation des saines doctrines économiques, nous croyons utile d'insister sur cette distinction fondamentale et de fixer, de manière à ce qu'on ne puisse plus s'y méprendre, le vrai caractère des associations qui se forment.—Nous n'avons pas besoin de dire que nous n'exprimons ici que notre opinion personnelle.
Napoléon a dit: «La douane n'est pas seulement un instrument fiscal, elle doit être encore et surtout un moyen de protéger l'industrie.» Prenant le contre-pied de cette sentence, nous disons: «La douane ne doit pas être un moyen de protéger l'industrie et de restreindre les échanges; mais elle peut être un moyen comme un autre de prélever l'impôt.» Là est toute la pensée de l'Association. Elle ne doit pas, elle ne peut pas être ailleurs.
Nous ferons encore connaître son esprit et sa portée par une autre opposition.
Sous le titre de Comité central pour la défense du travail national, une société s'est formée en France, et son objet avoué est d'exploiter l'institution des douanes, non-seulement au détriment du public consommateur, mais au détriment du fisc lui-même.
L'Association pour la liberté des échanges a pour mission de propager le principe directement opposé à celui du Comité central.
Elle réclame pour tout Français, en ce qui ne blesse ni l'ordre public ni les bonnes mœurs, la plénitude du droit de propriété, lequel implique la faculté d'opter entre la consommation et l'échange.
Elle demande que la liberté d'acheter au dehors soit reconnue et garantie aussi bien que la liberté de vendre au dehors, d'autant plus que ce qui restreint l'une limite nécessairement l'autre.
De ce que l'association réclame pour tous les produits le libre passage de la frontière, il ne s'ensuit pas qu'elle s'oppose à ce qu'une taxe fiscale les atteigne soit à l'entrée soit à la sortie. Sans renoncer à discuter accessoirement l'opportunité et la quotité de ces taxes, il suffit quelles soient calculées exclusivement dans un but de fiscalité, pour qu'elles sortent de la compétence de l'Association. Elle ne s'attaque pas au fisc, mais à la protection. Elle s'élève contre le système qui consiste à exagérer le droit, même au préjudice du trésor, dans le but avoué d'élever le prix d'une denrée, afin d'accroître, aux dépens du consommateur, la rémunération naturelle du producteur. Elle soutient que c'est là une violation de la propriété et une usurpation commise par la loi.