Le tarif américain nous semble libéral par deux motifs. Le premier, c'est qu'il est fondé tout entier sur le système des droits ad valorem, le seul qui fasse justice au consommateur. Il se peut que l'application en soit difficile; mais le droit à la pièce, au poids ou à la mesure est inique; car quoi de plus inique que de frapper de la même taxe la veste de l'ouvrier et l'habit du dandy?—Placés entre une difficulté et une iniquité, les Américains ont bravement accepté la difficulté; et il est impossible de ne pas reconnaître que, sous ce rapport du moins, ils se sont montrés, vraiment libéraux.
Ils n'ont pas moins agi selon les règles du vrai libéralisme, lorsqu'ils ont refusé de faire de la douane un privilége pour certaines classes de citoyens. Il ne peut pas, ce me semble, tomber dans l'esprit d'un homme impartial qu'en soumettant les produits étrangers à une taxe, on puisse avoir une autre intention, dans un pays où tous les citoyens sont égaux devant la loi, que de créer des ressources au Trésor, ressources qui sont ou sont censées être dépensées au profit de tous. En ce cas, il est vrai que la taxe retombe sur les consommateurs. Mais sur qui donc voulez-vous qu'elle retombe? N'est-ce point eux qui profitent des dépenses publiques?
Vous dites:
«Croit-on, par exemple, qu'on ait eu le moindre souci des intérêts des consommateurs, lorsqu'on a frappé d'une taxe de 100 pour 100 les eaux-de-vie et les liqueurs, pour lesquelles on aurait pu aller jusqu'à la franchise, sans provoquer les plaintes d'une double industrie agricole et manufacturière qui n'existe pas aux États-Unis?»
Eh! ne voyez-vous pas que c'est là ce qui constitue le libéralisme du tarif américain? Il frappe de forts droits les produits qui n'ont pas de similaires au dedans.—Nous faisons le contraire. Pourquoi? parce qu'ils ont en vue le revenu public, et nous le monopole.
Le droit, il est vrai, est très-élevé, même dans l'intérêt du trésor, et comme aucun autre intérêt n'a pu déterminer l'adoption d'un chiffre aussi exagéré, il faut qu'on ait eu un autre motif. Nous le trouverons dans l'exposé de M. J. R. Walker, secrétaire du Trésor, à qui l'Amérique doit la réforme.
«Les améliorations dans nos lois de finances sont fondées sur les principes suivants:
«1o Qu'il ne soit rien prélevé au delà de ce qui est nécessaire pour les besoins du gouvernement économiquement administré;
«2o Qu'aucun droit ne soit imposé, sur aucun article, au-dessus du taux le plus bas où il donne le plus grand revenu;
«3o Que, selon l'utilité des produits, ce droit puisse être abaissé et même aboli;