« Je vois que ça va, vos affaires, constata-t-il, quand elle fut partie. C’est tant mieux ! Moi, j’ai pas à me plaindre. J’ai un petit élevage là-bas, chez nous, et j’ai eu la veine de trouver quelqu’un pour le faire un peu marcher pendant que je suis pas là. C’est un vieux, qui se mangeait les sangs d’être à rien faire depuis deux ans qu’il s’était retiré. Ça va pas comme quand j’y étais, bien sûr, mais c’est mieux que rien, et y en a tant qui ont tout perdu… Ça aurait pu m’arriver et j’aurais pas à me plaindre ! C’est la guerre, hein ! Mais c’est pour dire que j’ai eu de la veine ! »
Il s’arrêta. Mlle Anaïs fit un effort sur elle-même.
— Vous… vous voulez bien dîner avec moi ? mon neveu, proposa-t-elle, en essayant de sourire.
— Bien sûr !
Le soldat semblait surpris qu’il pût y avoir un doute à ce sujet.
« Où donc que je dînerais ? Pas au restaurant, bien sûr ! Jamais je vous ferais ça, ma tante ! Ma permission, c’est pour vous, comme ça se doit ! »
Mlle Anaïs pâlit.
— Et… pour coucher ?… Il y a un petit hôtel bien respectable… commença-t-elle.
Mais il lui coupa la parole :
— Je coucherai ici, par terre, vous inquiétez pas, ma tante ! Je suis pas difficile, et on peut pas faire trop d’économies en ces temps-ci, pas vrai ?