— Nous comprenons votre discrétion, chère amie… Mais c’est pour notre ville un grand honneur que de posséder un semblable héros et, nous toutes, nous serions très fières et très heureuses de le connaître… Alors, n’est-ce pas, quand il aura pris quelque repos, vous nous le présenterez ?… Chez moi, j’y compte ! acheva-t-elle à l’oreille de Mme Dupré en lui serrant la main.
Cette intimité avec Mme Delaporte avait quelque chose de si flatteur que Mme Dupré en fut un peu enivrée.
— C’est entendu, chère amie, promit-elle, émue de se permettre tant de familiarité.
Et, harcelée de questions sur l’officier, elle répondit de son mieux, bien que, de temps à un autre, une préoccupation pénible embarrassât son discours. Quand, avec ses filles, elle se retrouva dans la rue, l’excitation de son succès tomba à l’instant et un grave souci obscurcit son front.
— Nous allons passer prendre votre père, déclara-t-elle.
C’était l’heure où M. Dupré sortait de son bureau. Il vit de loin sa femme et ses filles, et, en brave homme affectueux, s’empressa à leur rencontre.
— Marchez devant, mes enfants, dit Mme Dupré.
Elle prit le bras de son mari et lui raconta ce qui s’était passé chez Mme Delaporte. M. Dupré frémit. Une détresse figea la joie sur son visage débonnaire, barbu de gris ; ses yeux, derrière le lorgnon, s’effarèrent.
— Qu’allons-nous faire ? termina sa femme angoissée.
Il réfléchit et dit :