— Mais maintenant vous n’avez plus besoin de moi… Vous êtes guéri…

Elle lui tendit la main gentiment et rentra dans la maison.

Il s’en alla à travers le parc, regrettant la souffrance ancienne…

RETOUR

Il arriva l’après-midi. A travers la calme ville, une voiture de la gare le cahota jusqu’à sa maison. Il passa le seuil qu’il n’avait pas passé depuis sept ans. La vieille servante qui était gardienne s’empressa.

— Monsieur Georges, c’est pas Dieu possible que vous voilà enfin ! C’est que ça en fait du temps que vous n’êtes pas revenu… Quand je pense que maintenant, de toute la famille, il ne reste plus que vous !… Dire que je vous ai vu tout enfant !… Ça vous va bien l’uniforme… Et vos blessures, ça ne vous fait plus souffrir ?… Vous allez voir comme je vais bien vous soigner, monsieur Georges… Parce que vous êtes ici pour un bon bout de temps, n’est-ce pas ?

Il dit qu’il était guéri et qu’il ne resterait que trois jours, et la vieille s’exclama de nouveau. Il la laissa qui défaisait sa valise et il se mit à parcourir la vieille maison familiale où il était né, où il avait grandi, où, à chaque pas, dans les corridors sombres, dans les pièces muettes, se levaient pour lui tous ses souvenirs d’enfance et de jeunesse.

D’une chambre du premier, qui avait été sa chambre, il ouvrit avec peine les persiennes aux gonds rouillés. Devant lui, sous un soleil pâle dans un brouillard léger, s’étendait le jardin inculte avec ses allées effacées par l’herbe, son bassin tari, ses statues grimées par l’injure du temps et, au fond, la haie. Et dans la haie haute et touffue il put reconnaître, à demi bouchée par les pousses des buissons, la brèche qui communiquait avec l’autre jardin, là-bas…

Et, brusquement, son amour et sa souffrance surgirent du passé, aussi ardents, aussi cruels, aussi éperdus que dans le passé même.

« Je ne l’ai pas oubliée, je ne l’ai pas oubliée… murmura-t-il. Comment ai-je pu croire que je l’avais oubliée ?… »