— En effet, en effet, constata M. Aubil, un peu ahuri de cette brusque abolition de toute une famille qui était abondante.

Afin d’en conserver au moins le dernier vestige, et pour obéir à sa femme, il alla le même jour rendre visite à l’oncle Armand.

Dans une rue triste, à l’entresol d’une maison sombre, une servante très âgée précéda M. Aubil à travers des pièces délabrées et poussiéreuses. Au coin d’un maigre feu, un petit vieillard, aux jambes enveloppées dans une couverture, était établi. Reconnaissant son neveu, il parut effaré.

— Alors vous voilà, mon pauvre garçon ! Je vous plains bien… je vous plains bien… gémit-il.

— De quoi, mon oncle ? demanda M. Aubil étonné.

— De Mathilde, reprit le vieux, de sa voix aigre et d’un air peureux. — De Mathilde… Elle est terrible, hein ?… Ils sont venus tous me raconter… Elle leur en a fait… elle leur en a fait… Tous ont peur… tous… Et moi aussi… Alors, hein, allez-vous-en, Aubil, allez-vous-en, voulez-vous ?… Elle pourrait venir vous chercher ici… Je vous plains bien, mais allez-vous-en tout de suite…

« C’est un vieux fou », se dit M. Aubil lorsqu’il se retrouva dans la rue. Mais il était extrêmement mortifié et, le soir, en retrouvant Mathilde, il lui expliqua, avec quelques atténuations, que l’oncle Armand, qui n’avait plus sa tête à lui, l’avait mis à la porte.

Mathilde bondit, elle jeta sur son mari un regard d’indicible reproche.

— Tu t’es brouillé avec l’oncle Armand, articula-t-elle lentement, tu t’es brouillé avec l’oncle Armand… Et tu viendras encore dire, n’est-ce pas, que c’est moi qui ai mauvais caractère !…

LE VIEIL AMI