— Mais c’est vrai que mon poste n’est pas exposé, et il est vrai aussi que j’y suis à ma place…
— Du reste, la tante Blaise ne l’avait pas dit. C’était une invention de cette petite peste de Germaine…
— Avec qui tu te brouilles aussitôt, sans pour cela te réconcilier avec la tante Blaise. Puis tu m’interdis une première fois d’écrire aux Dertal. Puis, à ma première permission, tu t’es remise avec Madeleine et tu as rompu avec sa sœur. Puis je reviens à Paris, tu vois de nouveau les Dertal… Puis…
— Assez ! interrompit Mme Aubil. Assez ! tu t’amuses à m’exaspérer, moi qui étais si heureuse de te revoir ! Tu sais aussi bien que moi que tout ce qui est arrivé c’est par la faute des autres ! Tu ne vas pas leur donner raison contre moi, je présume !…
Elle avait rougi, ses grands yeux bleus flambaient. M. Aubil l’admira et tenta de l’apaiser.
— Tu as des délicatesses que tout le monde ne comprend pas, ma chérie, explique-t-il avec douceur, et on te blesse parfois sans le vouloir. Mais je vais les voir et en s’expliquant…
— Les voir ! Aller les voir ! Tu n’y penses pas ! Des insolents que je ne salue plus, des pintades hypocrites et envieuses ! Je te le défends bien, par exemple !
— C’est que je n’étais pas au courant, n’est-ce pas ! Je leur ai écrit pour annoncer mon arrivée ; alors ce sera une grossièreté qui aggravera la brouille… remarqua M. Aubil ennuyé.
Mathilde eut un rire sec.
— Justement, comme cela ils comprendront mieux. J’en ai assez d’être leur victime… Va voir l’oncle Armand. C’est un brave homme, lui. Il ne fait pas de cancans, et il est fidèle à ses affections. Il est le seul de tous qui nous ait toujours aimés et qui n’ait jamais dit de mal de nous… Va le voir dès aujourd’hui… C’est le seul parent qui nous reste, acheva-t-elle gravement.