— Il faut qu’il se soigne, dit la vieille dame émue. Voyons, vous savez que je vous aime bien, tous les deux. Il faudra venir chez moi, à la campagne, cet été… Plus tard, ce sera chez vous, vous savez. Allons, je ne veux pas fatiguer le malade. Je m’en vais…
— Et vous ne m’en voulez pas pour hier soir, ma cousine ? demanda Marcelle en la reconduisant. J’ai tout oublié. J’étais folle d’inquiétude…
— Mais non, mais non, je ne t’en veux pas, ma pauvre petite, dit la cousine Armande.
Elle s’en alla et, quand la porte se fut refermée sur elle, Marcelle revint dans la chambre à coucher et se mit à rire.
— Ça y est, dit-elle. Eh bien ! je crois que tu peux me féliciter !…
— Sans doute, sans doute, répondit Vadège.
Mais lui ne riait pas. Assis sur le divan, en manches de chemise, son cou maigre à nu, ses mèches rares et longues dans les yeux, il réfléchissait, perplexe et soupçonneux.
— Comme elle sait bien mentir… se disait-il avec angoisse.
AU BALCON
Lorsque Mme Bruide lui faisait des scènes (en semaine, c’était le soir ; le dimanche, jour de liberté, c’était le matin, parce qu’on sortait l’après-midi), M. Bruide, entraîné par une longue habitude, à ses cris opposait le plus souvent un silence méprisant qui, plus qu’aucune réplique acerbe, exaspérait sa femme ; dans les grandes occasions, sans mot dire, il sortait, et c’était pour elle la pire insulte.