« Ces balcons sont charmants, on y passerait des heures…
— En effet… en effet… dit le gros petit homme.
Il fit une pause et, d’un air obligeant, reprit :
« Vous savez que si vous voulez vous en aller, vous pouvez passer par chez moi. La grille n’est pas haute et avec deux tabourets que j’apporterai…
— Monsieur, je ne vous comprends pas, dit en se redressant M. Bruide, dont le visage bilieux s’était empourpré.
— Mais si, mais si, protesta doucement le voisin. Je sais bien que Madame vous a enfermé là… Alors, comme votre bonne est renvoyée, personne ne peut vous ouvrir…
M. Bruide ne répondit pas. Il eut pour Mme Bruide des pensées homicides. Un flot de honte le submergeait. Son ridicule était public. Mais pour rien au monde il ne l’eût reconnu lui-même en acceptant l’offre de son voisin. D’ailleurs, la seule idée d’escalader une grille de balcon, à une hauteur de trois étages, lui glaçait le sang dans les veines.
Le gros petit homme le regarda de côté, un peu timidement.
« Vous êtes fâché ? Excusez-moi, je n’aurais peut-être pas dû m’en mêler, mais c’était pour vous rendre service. J’ai beaucoup de sympathie pour vous… D’abord, je suis fonctionnaire, moi aussi, sous-chef de bureau, et, comme vous, j’espère passer chef à la fin de l’année. Nous avons le même âge, nous avons fait notre droit en même temps, nous aurions pu nous connaître…
— Monsieur, comment savez-vous mes affaires ? dit M. Bruide, ahuri.