— Votre femme a été malade et on la soigne.

— Malade ? Elle est malade ?… Gravement ?… Mais dites ?…

— Ne vous faites pas des idées… Elle va bien, maintenant… Elle est presque guérie… Puisque je vous le jure, voyons, monsieur Farel. Faut pas vous mettre dans des états comme ça. Venez avec moi. Nous allons la voir. C’est tout près.

Ils partirent en hâte. Le long des rues Mme Henry répondit aux questions d’André.

— Oui, elle est à l’hôpital. Dame, vous pensez, pour une opération… Ça l’a prise un soir. Depuis un bout de temps elle n’était pas bien, elle ne mangeait plus. Et puis, à la fin du mois dernier, ça s’est déclaré tout d’un coup. Dans le côté droit, une douleur qui la faisait crier que ça me fendait le cœur. Il a fallu de la morphine pour la calmer un peu. Et puis il a fallu l’opérer tout de suite. C’était chanceux, paraît-il, mais on ne pouvait pas faire autrement et ça a réussi on ne peut mieux…

— Et je ne savais rien, dit André.

— Ses patrons ont été très bien, continuait la grosse femme. Ils se sont occupés d’elle et lui ont fait avoir une petite chambre… Allons un peu moins vite, voulez-vous, monsieur Farel ? Je n’ai plus mes jambes de vingt ans… Du reste nous y voilà. Je vais aller en avant pour la préparer à votre arrivée. Faut pas encore trop d’émotions, vous comprenez…

Dans le lit étroit, Denise, amaigrie, pâlie sous ses épais cheveux blonds en désordre, avait l’air d’une enfant plaintive et, à la voir ainsi, André Farel suffoquait d’émotion. Il comprenait mieux encore qu’il ne l’avait jamais compris combien elle était tout au monde pour lui. La pensée de ce qui aurait pu arriver le remplissait d’une angoisse si aiguë qu’il se raidissait pour ne pas sangloter tandis que Denise, immobile, mais les joues et les yeux animés par la joie, parlait d’une faible voix heureuse :

— Oui, je t’assure. Je vais tout à fait bien… Je recommence à avoir faim… Tout le monde a été gentil pour moi, mais surtout Mme Henry… Crois-tu, elle est venue ici tous les jours… Tu la rappelleras tout à l’heure puisqu’elle a voulu nous laisser seuls… Comme je suis contente de te voir !…

— Et je ne savais rien, balbutia-t-il. Pourquoi ne m’as-tu pas fait prévenir ?…