Pendant tout le voyage, dans le train de permissionnaires qui l’amenait vers Paris, André Farel se répéta la même question obsédante : Pourquoi Denise, depuis une quinzaine de jours, ne lui avait-elle écrit que deux fois, alors que, de coutume, elle lui envoyait trois ou quatre lettres au moins par semaine, — et pourquoi ces deux lettres étaient-elles si brèves, quelques lignes à peine, disant qu’elle allait bien et qu’elle avait beaucoup de travail dans les bureaux où elle était dactylographe, au lieu des pages écrites en tous sens, pleines de détails et surtout pleines de tendresse, qu’il recevait habituellement et qu’il passait des heures à lire et à relire ?
Sans qu’il pût s’en défendre il avait de mauvaises pensées. Elle était si jeune et si jolie, et c’était si long cette séparation que coupaient, de loin en loin seulement, ses brèves permissions ! Puis, il rejetait ses soupçons. Il la connaissait bien ; il savait bien qu’elle l’aimait autant qu’il l’aimait. Mais les soupçons revenaient, le torturaient.
Il n’avait pas prévenu qu’il venait. Elle ne pouvait donc l’attendre à la gare. Pourtant il eut un serrement de cœur. Cette arrivée, sans qu’elle fût là, était si différente des autres ! Il se hâta vers chez lui, monta rapidement ses étages, frappa à la porte de leur logement. Rien ne répondit. C’était dimanche, il était une heure à peine. Pourquoi était-elle sortie ? Une jalousie atroce le fit pâlir.
Sur le palier une porte s’ouvrit. Une grosse femme simplement mise, leur voisine depuis quatre ans qu’ils étaient venus habiter là, après s’être mariés, parut.
— Monsieur Farel ! Comment ! c’est vous ? Ah ! bien, on ne pensait pas vous voir avant quinze jours !
— Bonjour, madame Henry. Oui, j’ai changé de permission avec un camarade. Savez-vous où est Denise ?
Mme Henry parut embarrassée.
— Je vais vous expliquer…
— Où est-elle ? cria-t-il avec une violence soudaine.
La grosse femme lui mit doucement la main sur le bras.