— Adrien, je crois bien… Oui, c’est ça : Adrien Maret ; un grand brun, beau garçon… Est-ce que vous connaissez ?

— Il y a longtemps que vous l’avez vu ? fit-elle sans répondre à sa question.

— Oh ! des mois. J’ai été blessé…

Après un silence elle déclara :

— Je ne connais pas du tout celui dont vous parlez. Si c’est ça que vous voulez savoir vous le savez…

Elle se détourna pour arranger du mimosa ; ses doigts tremblaient un peu sur les tiges fragiles. Le soldat s’en alla.

Elle le revit quelques jours plus tard. Paisible, il entra dans la petite boutique.

— Excusez si je vous dérange, dit-il à la jeune femme, mais l’autre jour, quand je vous ai parlé d’Adrien Maret, je crois que je vous ai fâchée. C’était pas mon intention. Faut pas m’en vouloir.

Elle leva sur lui ses yeux gris. Il avait vraiment l’air d’un très brave garçon, et puis elle ne pouvait pas s’empêcher, malgré tout, de désirer des renseignements.

— C’est moi qui ai été vive, dit-elle. Mais, voyez-vous, Adrien Maret… eh bien ! il a été mon mari… et, pendant cinq ans, il m’a rendue très malheureuse… J’ai tout enduré… tout, entendez-vous !… Quand il m’a quittée, il y a maintenant quatre ans et demi, j’ai eu l’impression que j’étais une vieille femme tant j’avais souffert. Il était parti trois fois, et trois fois je lui avais pardonné… Nous avions une belle installation et un commerce qui allait bien… Il a mangé tout ce que j’avais et il m’a laissée à la rue avec trois enfants, et le dernier avait deux mois… Depuis, rien, plus un mot… L’argent, ça m’était égal, mais c’était le reste… Je crois que ça l’amusait de me tourmenter… Il faisait exprès que je sache tout à mesure. Alors, quand j’ai été délivrée de lui pour de bon, j’ai réussi à l’oublier, et maintenant ça y est, c’est fini… C’est pour ça que je vous ai dit, l’autre jour, que je ne le connaissais pas…