— Ah ! oui, je comprends, dit Antoine Lavaud, toujours placide. Quand nous étions ensemble, il m’avait dit, sans s’expliquer plus, qu’il avait eu des torts dans son ménage. Probable qu’il avait des regrets. Là-bas, on réfléchit… on change, voyez-vous…
— Allons donc ! (Elle haussait les épaules). Pourquoi aurait-il changé ? Oui, quand ça a commencé, la guerre, je croyais qu’il viendrait me voir avant de partir, qu’il m’écrirait un mot au moins. Rien. Et quand il est venu en permission, il a été retrouver celle pour qui il m’a quittée la dernière fois… Ça, je le sais… Mais ça m’est égal. C’est fini. J’ai mes enfants à élever et mon métier est dur. Il y a des moments, comme quand c’est le muguet, où, avec les Halles, je reste des trois, quatre nuits sans me coucher…
Elle alla servir un client et revint.
— Dites-moi un peu, demanda-t-elle brusquement, auriez-vous fait ça, vous, de lâcher votre femme et vos enfants ?
— Pour sûr que non… Mais, voyez-vous, moi, j’ai personne… dit-il doucement.
A dater de ce jour, il reparut avec régularité. Ses séjours dans la boutique semblaient lui plaire extrêmement. Il insistait pour balayer le carreau ; il renouvelait l’eau des fleurs ; le plus souvent, il s’asseyait pour causer avec la jeune femme. Ils parlaient horticulture, ou bien échangeaient des considérations d’ordre général, et ils s’entendaient parfaitement. De temps à autre, Lavaud proférait des phrases manifestement étudiées d’avance sur le repentir et le pardon, et il y mêlait le nom d’Adrien Maret.
Un jour, il arriva au commencement de l’après-midi, s’assit en face de la jeune femme qui préparait une gerbe, et dit avec le plus grand calme :
— Je suis un menteur…
Ahurie, elle leva les yeux. Il continua :
« Écoutez bien : Maret a été blessé le même jour que moi, et amené ici au même hôpital. Seulement, lui, il a été bien plus blessé, et il est…