— Mort ! Il est mort ! Et je ne l’ai pas revu ! Et je ne l’ai pas soigné !…
Elle s’était dressée, très pâle.
— Non, non, il n’est pas mort, il va bien… On voit que vous l’aimez, dit Antoine Lavaud en l’observant. Ce que j’ai dit, c’était d’accord avec lui. On est amis intimes et il m’a tout raconté. Il pensait que vous ne lui pardonneriez jamais et il m’a envoyé pour essayer d’arranger les choses petit à petit. Il se repent et il a été très abîmé, vous savez…
— Où est-il ? cria-t-elle. Conduisez-moi…
— Il est à la porte, qui attend. C’est la première fois qu’il peut sortir…
Elle n’écoutait plus ; elle s’était précipitée vers la porte et, maintenant, elle sanglotait en étreignant un homme qui venait d’entrer et qu’elle était heureuse, au fond d’elle-même, sans pouvoir s’en empêcher de trouver si vieilli et si changé, en pensant qu’ainsi il serait peut-être tout à elle.
Antoine Lavaud, sans qu’on y prît garde, s’en alla.
« J’ai réussi, je suis content », se dit-il dans la rue. Mais, soudain, il éprouva une âpre détresse et il comprit que dans cette petite boutique fraîche et sombre, sentant la terre et les fleurs, il avait passé des heures plus douces qu’aucune autre de sa vie, auprès de cette femme aux yeux gris qu’il ne pourrait jamais oublier et qui en aimait un autre qu’il lui avait ramené.
UNE RENCONTRE
Le train sortait de Paris. Agnès, dans son coin, regardait obstinément, à travers la vitre, la banlieue sous le crépuscule. Ses yeux en larmes ne voyaient rien. Elle avait pris cependant la ferme résolution de ne plus se permettre le moindre manque de courage, mais quand, après l’ahurissement du départ, elle s’était trouvée tranquille dans le wagon, elle avait éprouvé plus durement que jamais combien elle était seule au monde et elle avait eu un accès d’insurmontable détresse en pensant à la vie dépendante et mercenaire qui, au bout de son voyage, commencerait pour elle chez des inconnus.