Des mois passèrent ainsi.
Un matin d’hiver, comme Yvonne Mayville, dans sa chambre, achevait sa toilette, elle entendit un coup de sonnette. Puis, peu après, il y eut un cri, un grand cri d’émotion ardente, déchirante, éperdue. Elle reconnut la voix d’Hélène et couru.
Hélène, livide, suffoquait, appuyée au mur de sa chambre. Une carte postale couverte d’écriture était dans sa main crispée.
Yvonne, épouvantée, se précipita.
— Hélène !…
Hélène tourna vers elle des yeux de folle.
— Il est vivant ! jeta-t-elle d’une voix rauque. Oui, André, mon mari !… Il est vivant ! Il est prisonnier ! Il a été, des mois, malade de ses blessures et puis il n’a pas pu écrire ! Il n’explique pas… Il est vivant ! Il est prisonnier mais il est vivant ! Il reviendra ! Je le reverrai !… Tu entends : il est prisonnier mais il est vivant ! Sur cette carte, c’est son écriture ! C’est lui qui a écrit ça !… C’est lui !… »
Elle éclata en un rire sanglotant, dans le délire d’un bonheur si soudain et si poignant qu’il la transfigurait et paraissait faire vaciller sa raison.
« Tu vois, bégaya-t-elle encore, en tendant la carte à Yvonne, tu vois, c’est lui qui a écrit ça ! C’est lui ! Il est vivant ! Il reviendra ! »
Mais Yvonne Mayville, tout d’abord stupéfaite, brusquement avait reculé. Blême, les yeux dilatés, le visage convulsé par une souffrance affreuse, elle restait immobile. Il y eut un lourd silence et, tout à coup :