Mme Mailley, joyeuse, embrassa son mari. Il y eut un coup de sonnette. Entra une vieille à tête de chouette ; dans ses bras était une jolie enfant blonde et frêle qui, posée sur une chaise dans l’antichambre, y resta souriante et sage.

Mme Mailley emmena la vieille en présence de M. Mailley et lui exposa ses intentions. En l’écoutant, les yeux de la vieille s’arrondirent encore ; un étonnement désapprobateur se répandit sur sa face ravinée.

— Me prendre Berthe, ah ! ben non ! déclara-t-elle. Non, ça ne se peut pas !…

— Pourquoi ? Pourquoi cela ? s’écria Mme Mailley avec ahurissement, car elle s’attendait à une reconnaissance enthousiaste.

— Parce que je l’aime, tiens donc, dit la vieille, et que c’est ma petite-fille, et que je ne sais pas ce que je deviendrais si je l’avais plus. Ses père et mère sont morts, alors elle est à moi. C’est pas la peine d’en dire plus long. Ma petite Berthe, m’en séparer !…

— Voyons, ma brave femme, il ne faut pas être égoïste, il faut voir l’intérêt de l’enfant, intervint M. Mailley. Vous seriez coupable de refuser. Du reste, pensez-y à loisir ; nous en reparlerons demain.

La vieille, sans répondre, se mit au ménage, qu’elle fit tout de travers, tant elle était absorbée. Puis elle reprit la petite Berthe et partit.

— A demain ! Réfléchissez ! lui cria M. Mailley.

Il était indigné de l’égoïsme de la vieille ; sa femme en était désolée. Et tous deux, maintenant, tenaient d’autant plus à l’enfant qu’ils n’avaient pas la certitude de l’avoir. Ainsi préoccupés, ils oublièrent les renseignements qu’ils voulaient prendre et qui, du reste, seraient peut-être sans objet.

La mère Pacifique reparut le lendemain. Elle assit la petite Berthe et vint rejoindre M. et Mme Mailley qui frémissaient d’impatience. Ils virent qu’elle était blême comme après une nuit d’insomnie.