— J’ai réfléchi, prononça-t-elle durement. Alors, je dis oui dans l’intérêt de Berthe. Mais je ne trouve pas que ça soit bien parce qu’on est riche d’arracher une petite fille à sa grand’mère…
Mme Mailley, ravie, saisit l’enfant et la couvrit de caresses, après s’être assurée qu’elle était bien débarbouillée. La vieille regardait de côté et Mme Mailley vit des larmes dans ses rides.
— Elle me fait pitié, chuchota-t-elle à son mari… Si on pouvait l’emmener !…
— Tu es folle, protesta-t-il, suffoqué.
Le surlendemain était le jour fixé pour le départ. La vieille devait, à midi, amener la petite fille, mais elle parut seule.
— Je ne peux pas, déclara-t-elle d’un air morne. Je garde Berthe. Je périrai, sans elle.
Ce fut un effondrement. Les Mailley s’efforcèrent en vain de raisonner la vieille, qui resta inflexible. Alors, ils se concertèrent. Mme Mailley, les larmes aux yeux, suppliait son mari, qui enfin céda, et elle revint auprès de la mère Pacifique.
— Ma brave femme, dit-elle, nous ne voulons pas permettre que votre petite-fille soit victime de votre affection mal comprise. Venez chez nous avec elle. Il y a, au fond du jardin de notre villa, un pavillon que vous occuperez, et vous ferez de votre mieux, nous y comptons, pour vous rendre utile et reconnaître ainsi notre extrême bonté.
— Ça va ! Comme ça, je veux bien ! dit la vieille, dont le visage s’était éclairé. C’était mon désir de finir à la campagne.
Elle ne voulut pas consentir à laisser les Mailley emmener l’enfant le jour même. Elle viendrait avec Berthe à la fin de la semaine. On lui donna l’adresse et l’argent du voyage et elle s’en alla. Les Mailley prirent le train deux heures après. Ils retrouvèrent avec joie leur calme petite ville et leur confortable maison. Ils racontèrent négligemment à leurs amis leur beau trait de philanthropie, et firent débarrasser le pavillon.