Trois jours plus tard, ils déjeunaient, quand, après un coup de sonnette à leur porte, leur servante survint, effarée.
— Monsieur, Madame, c’est une pauvresse avec une trolée de gosses. Elle dit comme ça qu’on l’attend.
Les Mailley se précipitèrent vers le vestibule. La mère Pacifique, la petite Berthe dans ses bras, s’y tenait. Trois gamins de cinq à neuf ans, débiles et qui se ressemblaient, l’accompagnaient.
— Qu’est-ce que c’est ? dit Mme Mailley, affolée.
— Ben quoi, c’est la mère Pacifique, comme de convenu. Et puis v’là Berthe et ça c’est ses trois frères : Julot, Louis et Émile…
M. Mailley leva les bras au ciel.
— Mais c’est fou ! C’est monstrueux ! Ma maison n’est pas un asile ! Vous ne nous aviez pas dit…
— Je vous ai pas dit que Berthe avait pas de frères, hein ? riposta la vieille, qui semblait sincèrement indignée de l’accueil. Vous auriez pas voulu que je les laisse, ces petits ?… Qu’est-ce qu’ils seraient devenus sans moi ? J’ai vendu tout mon petit fourbi pour payer leur voyage…
— Allez-vous-en, vous êtes une vieille intrigante ! hurla M. Mailley, hors de lui.
— Où ça que je m’en aille ? Mendier par les rues, hein ! maintenant que j’ai plus rien à cause de vous !… Eh bien ! oui, je vas y aller ! mais soyez tranquilles, je raconterai à tout le monde ce que vous me faites, à moi, une pauvre vieille qui ne vous ai pas cherché, pas vrai ?… Et si on nous trouve tous morts de faim, on saura qui en est cause…