Les Mailley échangèrent un regard d’angoisse. Mille misères leur apparurent et peut-être de pitoyables drames dont ils seraient responsables. Et que dirait-on d’eux ? Ils eurent peur.

— C’est un malentendu regrettable, dit Mme Mailley avec effort. Mais, pour le moment… restez… Le pavillon est prêt…

La servante, furieuse, y guida les intrus. Entre M. et Mme Mailley, restés seuls, il y eut un silence tragique.

— C’est du joli… C’est du joli… gémit, enfin, M. Mailley, si atterré qu’il ne trouvait plus la force de se fâcher.

Mme Mailley ne répondit rien. Elle écoutait : Du jardin s’élevait le bruit de petits pieds qui couraient dans les allées, de petites voix qui s’émerveillaient de la terre, de l’herbe, des arbres, des bêtes…

L’ONCLE MORIN

Le soir tombait sur la campagne du Sud-Ouest quand le jeune garçon, sous la pluie battante qui ne cessait pas depuis le matin, arriva au bourg. Il semblait avoir quatorze ans, il était simplement vêtu, en veston et casquette, trempé d’eau, couvert de boue, et si fatigué qu’il ne pouvait plus avancer et changeait d’épaule, tous les vingt pas, la petite valise en toile grise qu’il portait.

Sur la place il hésita et, voyant la devanture éclairée d’un café, il s’y dirigea.

Il entra et cligna des yeux, un peu étourdi par la lumière du gaz, la chaleur d’un poêle, l’odeur du tabac dans la salle étroite. Une dame sèche brodait au comptoir, où dormait un chat gris. Quatre vieux habitués, installés dans un coin, jouaient à la manille avec passion, deux autres étaient penchés sur un jacquet et le patron, petit homme rond, en manches de chemise quadrillée, faisait, en expliquant chaque coup, une partie de billard avec un vieux à barbe grise, coiffé d’une calotte noire et qui fumait sa pipe sans rien dire. Tous regardèrent qui entrait.

— Mande pardon, dit le gamin, en portant la main à sa casquette, c’est pour un renseignement.