Elle défit les paquets qu’elle avait apportés et les effusions de gratitude de la mère, l’émerveillement timide des trois petits lui furent très agréables. Elle savourait cette satisfaction lorsque, soudain, des coups frappés à la cloison qui était derrière elle la firent sursauter.

— C’est le voisin, dit la brodeuse. Mon Dieu ! il vous a fait peur, ma bonne madame. Mais c’est un vieux monsieur qui est malade, voyez-vous. Ça le tient dans les jambes et depuis huit jours il ne se lève pas. Alors, comme il est tout seul, on s’occupe un peu de lui. Je suis sûre qu’il a frappé pour avoir à boire… — Je vais y aller tout à l’heure, monsieur Buraille ! cria-t-elle à travers la cloison.

Mme Andral, qui se levait pour partir, eut un petit mouvement.

— Comment s’appelle-t-il ? demanda-t-elle.

— Buraille. Son petit nom c’est… Attendez donc. Un nom pas habituel… Ah ! oui, Valentin.

Mme Andral s’était détournée pour prendre son parapluie au coin de la cheminée. Elle s’était sentie devenir toute rouge ; elle avait été si surprise… et pourtant ce nom qu’elle venait d’entendre était, depuis des années, si bien enterré dans sa mémoire qu’elle était stupéfaite de l’émotion qu’elle éprouvait. Du reste, elle doutait encore, mais une vive curiosité la dominait.

— Et vous dites qu’il est très âgé ? reprit-elle d’un air indifférent.

— Très âgé, non… Pour moi, il paraît plus vieux qu’il n’est… Et c’est un drôle d’homme… Il vous raconte des histoires à n’en plus finir… Je crois qu’il a la tête dérangée et puis, souvent, il boit un coup… Ce qui est sûr, c’est qu’il a eu des malheurs…

— Ne le faites pas attendre… Je vais vous accompagner auprès de lui… peut-être pourrais-je lui être utile…

— Mais, ma bonne madame, c’est sale comme tout chez lui, et puis il n’est pas toujours de bonne humeur, objecta la brodeuse, mécontente de fournir peut-être un nouveau protégé à sa visiteuse.