— Allez donc, dit Isabelle Andral qui, à sa suite, sortit sur le palier et entra dans un logement voisin.

Dans une vaste chambre à peine meublée et effroyablement sale, qui sentait aigrement la moisissure et le tabac refroidi, sur un lit de fer à demi disloqué, un homme était assis, les jambes allongées et enveloppées d’une couverture trouée, le dos appuyé au mur. Il était maigre. Les mèches rares de ses cheveux poivre et sel pendaient jusqu’à sa barbe longue. Il avait sur les épaules une seconde couverture jouant la peau de tigre et tout en loques, et il travaillait, peignant d’une main mal assurée de petites images qu’il rangeait à mesure sur un tabouret qui lui servait de table. Au bruit de la porte il releva la tête en clignant ses yeux bléphariques.

— Faut que le petit aille m’acheter un litre, dit-il, d’une voix un peu haletante, à la brodeuse. Et puis, ce soir, il me remontera du pain et du pâté de foie ; je lui donnerai de la monnaie, mais attention, je ne veux pas être carotté comme hier…

La brodeuse protesta et il se mit en colère. On lui avait pris dix sous, il en était sûr. Il voulait bien payer les commissions, mais pas être carotté.

« C’est lui, mon Dieu ! c’est lui », se disait Isabelle Andral, atterrée de retrouver dans les ruines de ses traits les vestiges du visage qu’il avait jadis. Et elle voyait aux murs trois ou quatre vieilles esquisses, dans un coin un chevalet démoli. Aucun doute n’était possible. »

Soudain, il l’interpella.

— Quand vous m’aurez assez regardé, Madame, je pense que vous voudrez bien me laisser travailler… Les visites me dérangent.

Elle devint très rouge.

— Monsieur, ne croyez pas qu’une vaine curiosité… Votre voisine m’a appris votre situation… Peut-être pourrais-je…

Il haussa les épaules.