« Alors, c’est si important que ça, l’argent ? »
M. Laval était si surpris qu’il oublia que c’était un enfant qui l’interrogeait ; il exprima sa pensée avec une amertume résignée :
— Quand tu auras travaillé vingt ans de ta vie sans pouvoir amasser un sou pour les tiens, tu ne demanderas plus cela…
Gêné de ce qu’il avait dit, il s’arrêta, puis, s’efforçant de rire :
« Allons, je plaisante. Il faut obéir à ta tante, qui est une excellente personne. Du reste, on est très bien ici…
— Compte sur moi, papa, dit Maurice, avec un air d’homme. Seulement, toi, n’est-ce pas, tu n’en as que pour la semaine de permission, tandis que moi j’en ai pour mes deux mois de vacances…
II
« Quelles vacances ! vrai, quelles vacances ! Ce que j’aimerais mieux être à Paris avec papa ! Ce que j’aimerais mieux être au lycée ! Ce que j’aimerais mieux être n’importe où !… Je peux dire que je compte les jours tant je voudrais que ce soit fini ! »
Seul au fond du parc, Maurice avait parlé haut. Son indignation éprouvait le besoin de s’exhaler. Depuis trois semaines, Mlle Piégris, faisait peser sur lui un despotisme assidu, aigre, injurieux, révoltant.
« Elle est vieille, elle est méchante, continua-t-il à demi-voix. Elle fait exprès de m’humilier ! Elle me déteste et je la déteste aussi ! Quand je la vois arriver avec ses faux cheveux, sa figure jaune, son nez pointu et ses yeux mauvais !… Et elle est tout le temps sur votre dos… On est juste tranquille à cette heure-ci, après le déjeuner, pendant qu’elle fait sa sieste… »