Avec précaution, en étouffant ses pas et en se glissant entre les buissons, il s’approcha et, caché dans le massif contre lequel s’adossait le banc, il les observa et les écouta, et il était si bouleversé qu’il craignait que le battement de son cœur ne décelât sa présence.

Bientôt la jeune femme se leva et reconduisit le blessé jusqu’à la maison où elle le confia à une infirmière. Pierre, par une autre allée, la rejoignit, et, quand elle fut seule, il s’approcha d’elle.

— Madame… commença-t-il, d’une voix que l’émotion étranglait.

Elle tourna la tête vers lui. Il pensa qu’elle était plus jolie que jamais, mais, dans les grands yeux sérieux et doux qui le regardaient, il ne vit que de l’indifférence.

— Monsieur ?… répondit-elle d’un ton interrogateur.

Pâlissant, il eut un cri désespéré.

— Vous ne me reconnaissez pas ?

Surprise, elle hésita quelques secondes, puis son visage s’éclaira :

— Ah ! mais oui, oui !… Pierre Marsier… Je me souviens très bien… Vous avez été soigné ici, il y a six mois… Votre bras va-t-il mieux ? Vous avez été gravement blessé à la poitrine et au bras, n’est-ce pas ?

— Oui, mon bras va mieux. Il est encore très faible et ne se rétablira jamais complètement, mais je n’en souffre plus…