Même jour, 6 heures. — Coco signale la côte. Bouture affirme la connaître parfaitement. Il nous dirige vers une petite baie bien abritée. Un lac d’eau douce est, paraît-il, à quelques milles vers l’ouest, dans les terres, et sert fréquemment à renouveler la provision des baleiniers qui passent par ici. C’est ainsi que notre pilote a pu connaître sa situation. Il est un homme précieux et je crois que nos préventions contre lui étaient mal fondées.


8 décembre. — Nous sommes à l’ancre, en face d’une côte verdoyante. Des collines s’élèvent à une assez faible distance. Le lac est dans leur vallée, à deux heures de marche, droit à l’ouest. Le lieu est désert et se trouve à un immense éloignement de tout endroit habité.

Les deux chaloupes sont mises à l’eau, chargées de tonneaux vides et d’une claie à roues pour les transporter. Neuf d’entre nous y prennent place, bien armés. Savoir :

Julius Pingouin, moi le Homard, le Révérend, le Docteur, Coco, le Pompier, Binaire, le Rempart, Bayados. Ces deux derniers discutent politique à voix basse.

Bouture, Flaum, Cristallin et Zoé Nèfle gardent le navire.


Même date, 9 heures du soir. — Nous revenons — ceux qui reviennent. Jamais je n’oublierai cette journée.

En débarquant, le matin, sur la côte où Bouture nous avait conduits, la joie de vivre nous emplissait le cœur. La terre était belle et fertile. Entre de hauts et magnifiques arbres qui nous abritaient des rayons du soleil, un chemin presque tracé menait vers l’ouest. Nous nous y engageâmes, remorquant gaiement notre claie chargée des barriques vides et de quelques provisions.

La marche n’était pas fatigante et quand nous fûmes au lac, vers onze heures du matin, nous pûmes admirer un site enchanteur. Nous étions dans une vallée tout entourée de collines verdoyantes et dont la seule issue était le chemin que nous venions de parcourir. Une cascade descendait à l’est et tombait dans le lac d’où s’échappait une petite rivière qui serpentait vers la côte. Le lac était d’une grande pureté. Des oiseaux s’envolaient au-dessus et de grands arbres l’entouraient.