— Une adepte… Elle va fumer, murmura Claude Civel en désignant sa compagne, qui, tremblante, mourait d’envie de s’en aller, mais n’osa pas.
— Et… et vous ? chuchota-t-elle.
— Moi ? — il sourit et tira de sa poche une petite boîte d’argent, — le haschisch, je préfère… C’est plus puissant, plus vibrant, plus visionnaire… Il fit une pause et ajouta : plus dangereux peut-être…
Il prit sur un guéridon une tasse de café, tira de sa boîte une pilule sombre et l’avala.
La jeune femme, sur les indications de l’homme blême, s’était allongée, le plus loin possible des autres assistants, sur un matelas couvert d’une soie peinte. L’homme lui apporta une pipe, la chargea, approcha la lampe.
— Aspirez profondément, chuchota-t-il.
Elle hésita, mais rencontra le regard de son amant, étendu non loin sur des coussins. Elle aspira de toutes ses forces, faillit suffoquer, toussa. On lui prépara une seconde pipe, une troisième. Elle s’allongea davantage sur son matelas, fuma encore, courageusement. Les choses bougèrent, tournèrent un peu, l’adolescent sembla gigoter… Et elle bondit, secouée par un terrible haut-le-cœur, son mouchoir sur la bouche. Elle eut juste le temps de gagner l’antichambre, mais non d’aller plus loin, et y fut malade affreusement.
L’homme blême l’avait suivie et, sans mot dire, la soutenait charitablement de son mieux.
— Je veux m’en aller, je veux m’en aller, balbutia-t-elle, plaintive et furieuse, dès qu’elle put parler.
Claude Civel l’emmena, dominant, expliqua-t-il, son ivresse naissante. Il perdait une soirée d’extase, mais il était trop heureux de lui faire ce sacrifice.