Elle ne l’en remercia pas ; elle lui en voulait un peu, mais il daigna plaisanter sa honte naïve : qu’importait l’incident fâcheux s’il était le seuil des paradis révélés, l’épreuve initiatrice des béatitudes sans mélange ? Il la laissa, calmée, à sa porte.


Le lendemain, encore lasse, elle était chez elle, vers deux heures, quand un monsieur, « venant pour les bonnes œuvres du quartier Saint-Sulpice », se fit annoncer.

Intriguée, elle le reçut. C’était l’homme blême. Au jour, décharné, hagard, pauvrement mis, contenant mal un tremblotement et clignant des yeux comme une bête nocturne, il était lamentable et presque tragique. Il attacha sur elle un regard attentif qui la fit rougir.

— De quoi s’agit-il ? balbutia-t-elle.

Mais il l’interrompit.

— Il ne faut plus venir… Il ne faut plus venir… Oui, je sais, aujourd’hui vous n’en avez pas envie, mais demain il vous persuadera… Vous vous habituerez, vous deviendrez comme nous… comme moi (il releva la tête, se montra mieux : elle frémit), et je ne suis pas au bout, vous savez… on va plus loin… je n’en suis qu’aux premiers vertiges, aux premières angoisses… Il ne faut plus venir… vous êtes trop… (il chercha un mot) trop petite… Hier, je vous voyais… une vraie petite fille malade, et si jolie… Il ne faut plus venir… Il y a autre chose, dans la vie, pour vous…

Sa voix était rauque et douce. Mais la jeune femme ne voulait pas être impressionnée… De quel droit ?… Elle protesta, hautaine :

— Merci pour vos conseils, monsieur. Mais cette autre chose banale, à certaines âmes, ne suffit pas.

Il eut un geste las.