Elle avait une moue d’enfant qui va pleurer, et un désir passionné éclatait dans ses yeux. Et tout à coup, sans raison, elle rougit.
L’homme, confusément, comprit.
— T’es trop petite, railla-t-il. Qu’est-ce que je ferais de toi ? Plus tard !… Je t’emmènerai plus tard…
— C’est vrai ? C’est vrai ? Vous voulez bien ! Vous promettez ! Alors, j’attendrai ! Je vous attendrai…
Le petit visage pâle de froid s’était éclairé, mais une voix rauque appelait en jurant.
— Pensez à moi, murmura-t-elle en rougissant encore.
Il vit qu’en s’éloignant elle lui montrait quelque chose qu’elle avait tiré de son corsage, mais il ne se souvenait pas qu’il lui avait jeté une rose et ne sut pas ce que c’était.
La fois suivante, il répéta en riant sa promesse de l’emmener plus tard. Elle lui donna un cache-nez qu’elle lui avait tricoté et une photographie d’elle, une mauvaise épreuve de foire qu’elle avait fait faire en cachette.
Trois fois encore elle le revit ainsi. Quand approchait le temps du retour de la péniche grise, elle passait des jours à attendre au bord du canal, avec l’espoir qu’il la trouverait enfin assez grande…
Par un matin de juin, après une averse tiède qui tendait sur l’horizon son filet brouillé, elle reconnut, dans un rayon de soleil soudain, la péniche. Mais il n’était pas à la barre, où le vieux marinier avait pris sa place.