Quand il revint, c’était l’hiver. Par un matin neigeux où la plaine et les coteaux étaient éblouissants il la revit près de l’écluse, petite forme élancée dans son manteau noir tout déchiré. Les flocons qui tombaient se prenaient dans ses cheveux.
Elle s’approcha jusqu’au bord de l’eau. L’homme lui parut plus beau encore sous son bonnet de débardeur et dans sa vareuse de grosse laine.
— Bonjour, la gosse ! cria-t-il. On a pensé à moi ?
— Bonjour, dit-elle, toujours sérieuse.
Elle eut un regard de côté vers son père qui, plus loin, manœuvrait les portes, et murmura ardemment :
— Emmenez-moi…
L’Algérien eut un rire qui montra ses dents blanches.
— Que je t’emmène ?
— Oui. Je m’ennuie ici. Il fait froid. C’est sale. Je suis toute seule… Emmenez-moi. Je balaierai et je ferai la soupe. Je sais très bien… Papa est toujours saoul, alors il me bat. Emmenez-moi…