— Vous reviendrez ? demanda-t-elle, tout à coup, d’une voix basse.
— Oui, j’fais le trafic aller et retour.
— Aie pas peur, tu l’reverras ! Sacré Algérien, toujours des blagues aux jeunesses… Laisse-la donc, c’est une môme !
Un autre marinier, vieux et une pipe aux dents, avait paru à l’escalier de la petite cabine de la péniche, au-dessus des haricots d’Espagne qui y grimpaient. Il rit et replongea dans l’intérieur. La petite s’était rejetée en arrière, toute rouge.
— Ferme ! répondit l’Algérien au vieux. C’est ma promise !
Il rit aussi et reprit sa barre. La péniche se remettait en marche.
— Au revoir ! dit la petite de sa voix menue.
— Au revoir, la gosse ! cria l’Algérien.
Il lui jeta la rose qu’il avait à la bouche, et, le dos à sa barre, alluma une cigarette.
Le petite avait, au vol, attrapé la rose. Elle en respira le parfum fané, mêlé de tabac, et resta là, immobile, à regarder s’effacer dans le crépuscule, la silhouette de l’homme sur la péniche qui s’éloignait, le long de l’eau assombrie, vers l’horizon où monta une lune cramoisie dans les brumes.