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Copyright 1920
by Ernest Flammarion.

Par-dessus le mur

Le vieux mur du parc, délabré et élevé, couronné d’herbes folles et drapé de lierre, au carrefour quittait la route et, après un pan coupé où il y avait une petite porte basse qui paraissait condamnée, s’enfonçait dans le bois.

A l’entrée du bois, dans une clairière tout près du mur, la roulotte était arrêtée.

Vers cinq heures, comme la chaleur devenait moins forte, une vieille femme qui avait l’aspect d’une bohémienne en sortit et s’en alla du côté du village, là-bas, loin sur la route.

Un garçon de dix-huit ans, élancé et basané, vêtu d’une chemise rouge bâillant sur sa poitrine brune et d’un pantalon de toile serré par une large ceinture dessinant la taille mince, parut ensuite. Il écarta avec nonchalance les boucles de ses cheveux noirs emmêlés sur ses yeux brillants, bâilla en s’étirant, rit tout seul avec bonne humeur et alla s’occuper du cheval. Puis, il vint s’installer sur la mousse, au pied d’un chêne, et se mit à tresser de l’osier en sifflant.

Soudain, il entendit comme un frôlement et leva la tête, surpris.

Du haut du mur, une figure l’observait, parfaitement immobile et se détachant étrangement sur le fond sombre des feuilles, — une figure féminine et presque enfantine sous une extraordinaire masse de cheveux fauves dénoués qui, jusque sur le cou et les épaules qu’ils cachaient, descendaient en nappes lourdes le long des joues délicates, laissant voir seulement de grands yeux brun doré et une bouche rouge que plissait une moue sérieuse.

Le jeune homme se leva et, la main sur son cœur, se courba en un salut théâtral.

Une voix argentine vint du haut du mur.