— Non, non, pas cela entre nous, dit-elle mystérieusement.

La voiture s’arrêta dans une rue. Un éclair illumina leur entrée dans une maison ténébreuse. Le long d’un escalier interminable, la jeune femme remorqua Marcel, qui éprouvait des impressions violentes. Elle murmurait des mots. Il trébuchait sur les marches. Au troisième étage, elle le mordit encore à l’oreille, ayant sans doute dans l’obscurité manqué sa joue. Au cinquième, elle fit halte, ouvrit une porte.

— Respectons l’ombre, chuchota-t-elle en le poussant dans les ténèbres. Mais, à la lueur d’un éclair, Marcel entrevit confusément une sorte d’atelier tendu de rouge, meublé de divans et dont le toit incliné était formé par un vitrage.

La jeune femme avait disparu derrière un paravent, Marcel fit deux pas pour la suivre à tâtons, mais son pied accrocha un objet inconnu et il s’étala.

Une odeur d’encens, issue d’une cassolette, se répandit. L’inconnue reparut : un éclair la montra dans une tunique rougeâtre, les cheveux épars, la gorge et les bras nus. Et ces bras, elle les leva vers le vitrage, où se multipliaient les lueurs de l’orage. Elle parla.

— L’orage… L’orage est maître de la nuit… Vous n’avez pas vu cela, mais vous le verrez… Mes bras sont verts sous le regard vert de l’éclair…

Et, tout à coup, elle saisit par l’épaule Marcel, qui restait comme pétrifié.

— Parle ! cria-t-elle… dis des choses… dis ce qu’il faut dire… Mais non, tais-toi ! C’est l’heure du silence et de la folie… N’entends-tu pas la folie qui rôde ?

Elle resta immobile, contractée, le bras tendu comme pour conjurer quelque invisible péril.

— Ah j’ai peur ! J’ai peur ! râla-t-elle en reculant jusqu’au divan, où elle se jeta, la tête cachée dans les coussins. Mais la pluie, qui maintenant ruisselait sur le vitrage, la fit bondir.