— O volupté de l’eau qui tombe ! cria-t-elle… O fraîcheur de la pluie sur la peau nue… Ouvrons ! ouvrons !…

— Vous allez prendre froid, dit Marcel, dont ce fut la première parole sensée.

Avec un grand élan elle le saisit dans ses bras et l’assit près d’elle sur le divan.

— Ah ! tu es bon ! tu es bon !… Je le savais… Sois bon, ô enfant… sois simple et bon… aime les humbles, les faibles et les pauvres… aime aussi l’audace, le sang et la mort… Non, ne serre pas, contre toi, mon corps, ne m’embrasse pas sur l’épaule. Sois chaste, enfant, soyons chastes… Dis-moi tes rêves et tes espoirs ?… Dis-moi la couleur de tes chimères ?…

Elle continua, chuchotant interminablement des vérités premières, des exhortations entrecoupées et inintelligibles, psalmodiant de vagues chants amorphes et monotones. Marcel, qui n’avait pas l’habitude de se coucher tard et que tant d’émotions brisaient, s’assoupit.

Un pinçon affreux l’éveilla. Il bondit en criant. Debout dans sa robe rougeâtre, ses bras nus rejetés en arrière, elle était droite dans la clarté d’une lune toute fraîche qui traversait les vitres et vers quoi elle tendait son visage.

— Regarde, elle triomphe des nuages dans sa gloire phosphorique… elle, la dame bénie des insomnies… agenouille-toi, adorons…

Elle semblait extatique. Marcel obéit ; il s’agenouilla et adora. Puis il reçut dans une écuelle de bois un thé odieux, saturé des parfums mélangés de l’eau de Cologne et de l’éther. Puis eut lieu une nouvelle adoration, et encore des proses psalmodiées, sans fin.

Les heures passèrent. Marcel avait mal au cœur et envie de pleurer. Enfin, il se rendormit, et cette fois, elle le laissa.

Une saccade à une jambe l’éveilla. Il faisait soleil. Toujours en rougeâtre, mais fraîche comme si elle sortait du bain, sa compagne était assise au pied du divan. Elle tenait le porte-monnaie de Marcel et, d’un air las, comptait l’argent qu’il renfermait.