Soudain, il y eut un bruit de pas, tout près. La jeune femme, avec un petit cri, tourna la tête et vit son mari. René se dressa aussi. Sa chaise tomba. Ils s’immobilisèrent, gauchement séparés, pâles dans l’ombre, le cœur battant.
Hersant avançait sur eux, les épaules voûtées, les mains dans ses poches, sa grosse tête barbue jetée en avant comme pour mordre. Dans la nuit, où traînait un reflet de lumière venant de la maison, sa puissante stature s’amplifiait encore. Pour la première fois, Simone vit en lui autre chose que l’image même de la lourde et outrecuidante quiétude, trop facile à berner.
Il tourna court avec un vague grognement ; il passa près d’eux et s’éloigna jusqu’au bout de la terrasse.
— A-t-il vu ? chuchota René dont le dos était mouillé d’une sueur désagréablement froide.
— Non… je ne crois pas…
Simone, crispée, la gorge serrée, pouvait à peine parler.
— Taisez-vous… n’ayez pas l’air… Il ne faut pas qu’il soupçonne… S’il n’a pas vu…
Hersant revenait de son pas pesant. Il semblait en proie à une fureur contenue.
— Viens-tu faire un tour ? demanda-t-il brusquement à René, sans s’occuper de sa femme.
— Allez-y, souffla Simone, soyez gai.