— Volontiers, répondit René au mari, d’une voix qui sonnait faux.
Simone voulut dire quelque chose. Elle ne trouva rien. Elle les vit s’éloigner. La stature herculéenne de son mari dominait et écrasait la mince silhouette élégante de son amant. La figure blanche, les jambes tremblantes, elle rentra dans la maison pour attendre…
Les deux hommes marchaient dans la nuit tiède. Hersant, taciturne, alluma sa pipe. René, pour faire montre de sa tranquillité parfaite, prit une cigarette, mais elle lui parut amère, il la jeta.
— Ignoble, ce tabac, grommela-t-il.
Hersant ne répondit rien, et son silence parut à René tellement sinistre qu’au bout de trois minutes il n’y put plus tenir.
— Tu ne dis rien ? demanda-t-il, un peu nerveusement.
— Je n’ai rien à dire de particulier. (Hersant parlait d’une voix rauque qui ne lui était pas habituelle.) Nous sommes d’assez vieux amis pour ne pas bavarder tout le temps… D’assez vieux amis… répéta-t-il, et René crut entendre un ricanement.
— On va au promontoire, reprit tout à coup Hersant. J’ai besoin de marcher… Tu n’es pas fatigué, hein ? Je sais que tu soignes ta petite santé, mais cela fait du bien, les promenades nocturnes. Et puis, c’est très impressionnant, la nuit, sur la route, en haut des rochers… Tu verras… Tu n’es pas fatigué, hein ?
— Non, non ! (René se raidissait pour répondre délibérément) pas fatigué… Je suis solide, plus solide que tu ne crois… Les nerfs… rien que les nerfs… mais c’est quelque chose… quand je suis surexcité… dans un danger, par exemple… je suis d’une force extraordinaire…