La jeune femme se pencha, mais elle eut à peine le temps d’entrevoir des chaînes dorées. Elle jeta un hurlement qui s’étrangla. L’homme l’avait saisie par derrière. Il l’enleva comme une plume, la jeta sur la table, l’immobilisant d’une main de fer, étouffant ses cris sous une serviette.

— Sois sage… gronda-t-il. Tu vois ça : si tu cries ! Où est l’argent ?

Renversée, folle de peur, elle haletait. Plus encore que la lame blanche du couteau qu’il brandissait devant ses yeux, la figure de l’homme, ses yeux devenus sinistres, la terrifiaient. Sans pouvoir parler, elle fit un mouvement de menton vers le comptoir.

Il la laissa se redresser.

— Attention ! Si tu bouges, si tu cries… T’as compris ? (Il agita son couteau et la regarda de près.) T’es sage, hein ? (Il eut un rire sec.) Oui, je vois ça, alors je ne t’attache pas…

Il prit les clés, alla au comptoir, chassa le chat gris qui était juché dessus, observant la scène, et saisit une bouteille de cognac dont il avala une longue gorgée. Puis il fouilla dans le tiroir-caisse.

— Soixante-douze francs… c’est pas bésef ! dit-il en mettant la monnaie dans sa poche. Où qu’est le reste ?

— Le reste… balbutia la jeune femme.

— Oui, les économies. Le pognon qu’on cache. Le bas de laine, quoi ! Où que c’est fourré ? Dans une armoire ? Sous le matelas ?

— Je vous jure… y a pas autre chose… mon mari a tout mis aujourd’hui à la caisse d’épargne… C’est pour ça qu’il est allé à la ville…