L’homme rit encore silencieusement et revint près d’elle.
— Je te donne une minute pour te décider.
Il avait apporté la bouteille de cognac. Il s’en versa dans son verre à vin et l’avala d’un trait. La jeune femme, raide sur sa chaise, les cheveux épars, livide, claquait des dents.
— Ce que t’es traqueuse, dit-il railleusement… Veux-tu parler maintenant ?… Une fois… deux fois…
Une flamme d’ivresse dansait dans ses yeux. Il approcha lentement le couteau.
— Y a rien !… Je vous jure, y a rien !… Grâce !
Elle eut un râle d’horreur, la pointe piquait son cou. Soudain, l’homme ôta l’arme.
— J’peux pas, grommela-t-il… Ce que je suis feignant… (D’un air colère, il prit la bouteille et but au goulot.) Tu vois, ma poule, reprit-il tout haut, j’aime mieux te croire que de te faire du mal… Y a pas plus galant que moi… Les hommes, j’en boufferais six ; mais les dames, elles font de moi ce qu’elles veulent… Surtout quand elles sont gentilles… Allons, fais risette… C’est trouvé, hein ! le coup du bijoutier avec les chaînes en toc… Ça pose, c’est respectable, ça donne confiance au monde… C’est comme l’alliance… Allons, rigole, que je te dis !… T’es bien plus chouette quand tu rigoles…
Il l’avait saisie par la taille. Il l’embrassa brutalement. Passive, toujours épouvantée, elle se laissa pousser vers la chambre.
Au milieu de la nuit, elle entendit, étouffés dans la boue de la route, les pas qu’elle guettait. Doucement, prenant garde de ne pas réveiller l’homme qui s’était soudain endormi à côté d’elle d’un lourd sommeil, elle se dressa sur le lit et, à demi nue, elle se glissa dans un office jusqu’à une étroite fenêtre, la seule qui n’eût pas de volets cadenassés parce que des barreaux de fer la défendaient.