Dans la nuit que la vague lueur tombant des lourds nuages blêmes rendait indécise, elle reconnut son mari qui venait sur la route, et fut si heureuse que des larmes mouillèrent ses yeux.
— Louis ! appela-t-elle à travers les barreaux, d’une voix étouffée.
Il tourna la tête.
— Chut !… souffla-t-elle. Approche. Pas de bruit. Dis rien. Y a un bandit. Oui, un voleur. Il a volé le tiroir-caisse. Il a voulu me tuer… Il a bu, il est saoul et il dort. Je ne peux pas sortir. Il a les clés des fenêtres et de la porte dans sa poche… Tu as ton revolver… Viens vite…
Le mari écoutait, ahuri. Il était gros et court, avec une moustache en brosse et des yeux ronds dans une face épanouie que l’émotion faisait pâlir.
— Que je vienne ? bégaya-t-il.
— Oui. J’ose pas lui prendre les clés pour me sauver. J’ai peur qu’il se réveille et qu’il me tue… Va chercher l’échelle du hangar, monte par le grenier, la lucarne est ouverte… Dépêche-toi… Qu’est-ce que tu attends ?
— J’attends… J’attends… Ça ne se peut pas…
Il balbutiait, affolé, et, malgré la nuit, la jeune femme voyait la sueur couler sur sa figure devenue couleur de plâtre.
— Ça ne se peut pas… Faut avoir la loi avec soi… J’connais que ça, moi… Faut pas se mettre dans son tort… Des coups de revolver… comme tu y vas !… J’cours chercher les gendarmes… Toi, bouge pas… y s’réveillera pas… Et tu verras ce qu’y prendra quand nous reviendrons.